Un testeur chinois qui a mesuré la température de la batterie Blade de deuxième génération de BYD et publié ses résultats s'est vu couper l'accès aux principales plateformes sociales du pays, BYD l'a signalé à la police, et son nom figure désormais dans un avis de sanction national. L'affaire mérite d'être suivie en Europe, car elle porte sur la question de savoir si quelqu'un d'autre que le constructeur a le droit de contrôler une donnée de batterie.

Ce que le test a montré

En mai 2026, la chaîne automobile CaiShenRoad — animée par le blogueur Cai Shen Dao — a diffusé en direct une session de recharge rapide sur un BYD Fangchengbao Ti3 équipé du pack Blade 2. Cinq sondes posées à la surface des cellules ont enregistré un pic de 76.42 °C. Au même instant, le système de gestion de batterie de la voiture affichait environ 71 °C.

C'est précisément cet écart entre la température de surface mesurée et la valeur rapportée par le BMS qui constitue tout le litige. En juillet, après avoir été privé de toute publication, le blogueur a fait refaire le test dans un laboratoire d'État chinois, qui a relevé 78.5 °C sur la Blade de deuxième génération.

Mesure Température maximale
Sondes en surface des cellules (direct de mai) 76.42 °C
Valeur du BMS du véhicule (même séance) ~71 °C
Laboratoire d'État chinois (juillet) 78.5 °C

Ce qui est arrivé au testeur

La réaction est montée en puissance sur trois mois :

  • Début juillet — l'administration du cyberespace de Shenzhen lui a retiré l'accès à WeChat, Bilibili, Douyin et Weibo, lui interdisant d'y publier, d'y commenter et d'y percevoir des revenus.
  • 30 juillet — il a affirmé sur Weibo que BYD avait déposé une plainte contre lui auprès de la police du district de Songjiang, à Shanghai, après qu'il a rendu publiques des centaines de pages de données d'essai. Ni BYD ni la police de Shanghai n'ont confirmé l'existence d'une plainte ou d'une enquête.
  • 4 août — l'administration chinoise du cyberespace a publié un avis citant nommément son compte Bilibili dans une affaire d'« évaluations de produits mensongères » ayant porté atteinte à la qualité et à la réputation du produit d'une entreprise.

BYD n'a pas publié ses propres mesures sur les cellules en cause, et aucun régulateur n'a publié de constat technique contredisant le chiffre du laboratoire d'État.

Pourquoi un lecteur européen doit s'y intéresser

BYD n'est pas ici une affaire chinoise lointaine. La marque vend partout en Europe, a décroché en juillet une cinquième place record en Roumanie et a annoncé les prix britanniques du Ti7 sept places. Le pack Blade 2 est précisément l'argument de vente présenté aux acheteurs européens.

Rien de ce qui est établi à ce stade n'indique que la batterie est dangereuse. Les cellules lithium-fer-phosphate supportent mieux les températures élevées que les chimies au nickel, et une sonde de surface relève une valeur plus chaude que la moyenne rapportée par un BMS — les deux chiffres ne mesurent pas la même chose, et un constructeur qui le ferait valoir aurait raison. Le problème, c'est que ce débat ne se déroule pas de façon publique, sur le terrain technique. Il est tranché en écartant la personne qui a pris la mesure.

Le schéma est connu. Tesla a fait pression sur le régulateur néerlandais pour que son examen de sécurité du FSD reste confidentiel, et le résultat a été le même : une conclusion que le public est invité à accepter sans les preuves qui la fondent.

La réponse européenne est censée être la publication par défaut. La Chine dispose désormais d'un référentiel de santé de batterie sous GB/T, et le passeport batterie de l'UE arrive en février 2027. Ces dispositifs ne valent quelque chose que si des tiers indépendants peuvent mesurer selon leurs règles et publier ce qu'ils constatent.