Tesla a reçu les analystes de JPMorgan dans son usine de Fremont et les a laissés repartir avec un calendrier actualisé pour le Full Self-Driving, le Cybercab et Optimus. La note de la banque est désormais publique, et elle mérite une double lecture : d'abord pour ce que Tesla affirme, ensuite pour mesurer la part de ces affirmations que Tesla avait déjà formulées auparavant.
Rien de tout cela ne constitue une annonce officielle de Tesla. Il s'agit du résumé, par une banque, de ce que Tesla lui a dit — un niveau de preuve inférieur à celui d'une note de version.
Ce que Tesla dit du FSD v15
Tesla décrit le v15 comme une « rupture » (step-change) reposant sur sept « technologies fondamentales », dont environ 40 % tourneraient déjà dans la flotte de robotaxis d'Austin. Les premiers retours seraient « encourageants ».
La réserve, c'est que le v13 et le v14 avaient tous deux été présentés dans des termes comparables. Musk qualifiait encore le v14.3 de « dernière pièce du puzzle » en avril dernier. Une rupture qui survient à chaque version n'est pas une rupture : c'est une cadence de publication.
La promesse matérielle est celle qu'il faut surveiller
| Affirmation | Statut |
|---|---|
| AI4 suffisant pour un FSD non supervisé | affirmation de Tesla, non démontrée sur une voiture client |
| AI4.5 : ~10 % de puissance de calcul en plus, 2× la mémoire | affirmation de Tesla, en cours de déploiement |
| Capacité non supervisée du HW3 | abandonnée ; les voitures HW3 reçoivent le FSD v14 Lite |
C'est l'affirmation dont l'historique est le plus lourd. Tesla a soutenu pendant des années que le HW3 suffisait à l'autonomie non supervisée, puis a cessé de le dire ; les voitures HW3 reçoivent aujourd'hui un jeu de fonctions réduit, tandis que les taux de défaillance de ces calculateurs augmentent. Un propriétaire qui décide aujourd'hui combien payer pour le FSD se voit demander d'accepter, au sujet de l'AI4, la même catégorie de promesse que celle qui n'a pas tenu pour le HW3 — et un bricoleur a déjà montré que l'installation a posteriori d'un AI4 dans une Model 3 ancienne est physiquement possible, alors que Tesla ne la propose toujours pas.
Le Cybercab, et pourquoi les Model Y robotaxis sont retenues
Tesla s'attend à ce que le Cybercab monte en cadence grâce à son procédé d'assemblage « unboxed » pour atteindre un coût de long terme de 0,30 $ par mile, avec une expansion de la flotte qui s'accélérerait de fin 2026 au début 2027. L'entreprise a également indiqué à la banque que le Cybercab n'est que le premier format de robotaxi, d'autres types de véhicules étant prévus.
À propos de la Model Y, Tesla a concédé que son intégration à la flotte de robotaxis est délibérément lente, et a donné une raison : c'est sur le Cybercab et le v15 que l'entreprise compte monter en échelle, si bien que déverser des Model Y dans la flotte aujourd'hui reviendrait à faire croître une plateforme qu'elle prévoit d'abandonner.
À mettre en regard : après plus d'un an, le service sans conducteur d'Austin repose sur une poignée de voitures, et le cumul de Tesla avoisine 380 000 miles non supervisés. Waymo a dépassé les 200 millions et effectue environ 500 000 courses payantes par semaine.
Optimus
Tesla affirme que la conception de la Gen 3 est finalisée, que la chaîne d'approvisionnement est « pour l'essentiel verrouillée » et que la production démarre dans l'ancien espace des Model S et X à Fremont. Les ventes externes pourraient commencer « dès » le second semestre 2027, face à des ambitions de capacité d'un million d'unités à Fremont et de dix millions au Texas.
La présentation a déjà été repoussée à plusieurs reprises, et Musk a reconnu qu'aucun robot Optimus n'effectue actuellement de travail utile chez Tesla, après avoir évoqué l'an dernier 5 000 unités.
Ce que cela vaut pour un propriétaire européen
Deux choses concrètes. Premièrement, l'arrivée de l'AI4.5 dès maintenant, avec davantage de puissance de calcul et de mémoire, signifie que le matériel d'une voiture achetée cette année n'est pas celui sur lequel Tesla entend faire tourner le FSD non supervisé — un point directement pertinent si vous pesez l'achat du FSD sur un marché européen où la fonction n'est pas encore homologuée. Deuxièmement, la note ne contient absolument aucun calendrier réglementaire européen. Toutes les dates qu'elle avance sont des dates américaines.
Pour mémoire, côté analyste : JPMorgan a remplacé Ryan Brinkman, baissier de longue date, par Rajat Gupta, qui a relevé Tesla à Neutre avec un objectif de cours d'environ 445 $.