Tesla a publié le dossier de preuves qui sous-tend sa demande d'homologation du Full Self-Driving dans l'ensemble de l'Union européenne. L'Article 39 FSD (Supervised) Dashboard rassemble huit études que l'entreprise a soumises aux autorités européennes au titre de l'article 39 du règlement (UE) 2018/858 — la voie dérogatoire qui permet à un État membre d'homologuer une technologie que les règles de réception par type existantes ne couvrent pas encore.

Le calendrier n'a rien d'anodin. Le comité technique pour les véhicules à moteur (TCMV) doit se prononcer le 6 octobre 2026 sur l'extension à l'ensemble de l'Union de l'homologation nationale délivrée par le RDW néerlandais. Publier ces données cinq semaines avant l'échéance marque un changement de posture pour une entreprise qui, comme TeslAnt l'a rapporté en août, avait insisté auprès du régulateur néerlandais pour que son examen de sécurité du FSD reste confidentiel.

Ce qu'affirme le tableau de bord

Indicateur Chiffre avancé par Tesla
Distance FSD cumulée dans le monde 10,5 milliards de km
Analysée dans le dossier plus de 3 milliards de km
Flotte d'ingénierie européenne 1,28 million de km dans 8 pays, aucune collision imputée
Tests de scénarios plus de 230 000 dans 6 villes européennes
Ronds-points / passages piétons / priorité aux cyclistes 98,9 % / 99,7 % / 99,9 % de réussite
Freinages d'urgence en Europe 70 à 97 % de moins qu'en conduite manuelle sur Tesla
Collisions majeures (Amérique du Nord) 40 à 69 % de moins qu'en conduite manuelle avec assistance active
Épisodes de fatigue du conducteur 67 % de moins
Excès de vitesse 98 % des cas à la vitesse médiane du trafic ou en dessous

Les huit études portent sur la répartition par type de route, le freinage d'urgence automatique, les collisions majeures et mineures, les changements de voie, la fatigue, la flotte d'ingénierie européenne, les itinéraires de validation dans six villes et le comportement en survitesse. Il s'agit des mesures réalisées par Tesla et présentées par Tesla — et non d'un audit indépendant.

Cinq dérogations, et pourquoi elles font débat

Tesla ne demande pas un simple blanc-seing sur les règles actuelles. L'entreprise réclame des exemptions couvrant les manœuvres non supervisées sur autoroute et hors autoroute, les seuils d'accélération latérale, les exigences de surveillance de l'attention et l'ajustement de la vitesse au-delà des limites détectées. C'est ce dernier point qui fâche le plus : la Suède a déjà appelé l'UE à rejeter la demande si le comportement de dépassement des limitations n'en est pas retiré.

Le Conseil européen pour la sécurité des transports demande purement et simplement le report du vote. Dans une lettre adressée au vice-président exécutif Séjourné, il fait valoir que la conduite sans les mains ne devrait pas devenir une politique à l'échelle du continent « sur la base d'une seule homologation nationale » sans délibération publique, souligne que l'Europe ne dispose d'aucun équivalent du NTSB américain pour examiner le comportement d'un tel système en service, et rappelle les enquêtes américaines toujours ouvertes sur le FSD.

Où en sont réellement les votes européens

L'adoption exige une double majorité : au moins 15 États membres sur 27 représentant 65 % de la population de l'UE. Cinq pays ont reconnu l'homologation néerlandaise à l'échelle nationale : les Pays-Bas (10 avril), la Lituanie (20 mai), l'Estonie (29 mai), le Danemark (9 juin) et la Belgique (10 juin). Ensemble, ils pèsent environ 8,9 % de la population de l'UE.

Huit autres pays sont en cours d'examen : l'Allemagne, la France, l'Italie, l'Espagne, la Grèce, la Suède, la Finlande et l'Irlande. La France a déjà refusé de reprendre à son compte l'homologation néerlandaise, préférant attendre une décision à l'échelle de l'UE. Douze États membres n'ont engagé aucun examen formel.

Si le vote est acquis, la Commission adoptera un acte d'exécution habilitant le RDW à délivrer une réception par type valable dans toute l'UE, et le FSD (Supervised) deviendra légal dans tous les États membres en même temps. En cas d'échec, la mosaïque d'examens nationaux se poursuivra et l'harmonisation prendra du retard.

Pour les propriétaires européens, le 6 octobre est la date qui déterminera si la fonction que beaucoup ont désormais testée lors d'un essai gratuit deviendra utilisable en toute légalité chez eux.