XPeng entend vendre plus d'un million de véhicules hors de Chine d'ici 2030 et s'attend à ce que son activité internationale génère à cette échéance plus de 70 % de ses bénéfices. Pour une entreprise qui n'était, il y a cinq ans, qu'un constructeur électrique tourné vers le marché chinois, c'est un renversement complet de l'origine des profits — et l'Europe en est le pivot.
L'Allemagne sert de banc d'essai
XPeng compte aujourd'hui environ 70 concessionnaires en Allemagne et veut atteindre 110 d'ici la fin de l'année. Beaucoup de ces partenaires distribuent aussi des marques premium allemandes, et le choix est délibéré : plutôt que d'ouvrir ses propres boutiques, XPeng s'achète une place dans le réseau de distribution existant et dans son infrastructure d'après-vente.
| Présence européenne de XPeng | Chiffre |
|---|---|
| Pays européens | 28 |
| Points de vente en Europe | 290 |
| Points de vente en Allemagne aujourd'hui | ~70 |
| Objectif Allemagne, fin 2026 | 110 |
| Nouveaux modèles à l'international en 2026 | au moins 4 |
L'objectif de court terme est plus concret que celui de 2030. Le président du conseil d'administration, He Xiaopeng, s'est fixé pour mission de doubler les ventes hors de Chine pour dépasser 90 000 unités en 2026 et de porter le chiffre d'affaires international à plus de 20 % du total, face à un objectif de 550 000 à 600 000 véhicules pour l'ensemble du groupe en 2026. Un million de voitures hors de Chine d'ici 2030 suppose donc une multiplication par dix environ du rythme d'exportation de cette année.
Le positionnement, c'est la technologie, pas le prix
XPeng n'aborde pas l'Europe avec la voiture la moins chère. Son argumentaire européen repose sur une technologie haut de gamme et intelligente, et l'entreprise se présente comme une société technologique qui développe des logiciels et construit, accessoirement, des voitures électriques autour d'eux. He Xiaopeng résume son ambition de cette façon : « La nouvelle révolution, c'est l'intelligence artificielle et la symbiose du robot et de l'automobile. »
Ce n'est pas seulement du marketing. XPeng a signé avec Volkswagen le premier client externe de son logiciel de conduite VLA 2.0 — un constructeur électrique chinois qui vend sa pile logicielle de conduite autonome à un acteur historique allemand, ce qui inverse le sens habituel du transfert de technologie. Le plan à plus long terme de l'entreprise prévoit des fonctions de niveau SAE Level 4 et Level 5 en Europe, ce qui dépendra d'une homologation européenne et pas seulement de la maîtrise technique de XPeng.
Le prix reste un ingrédient : le XPeng L03 est arrivé en Allemagne en visant clairement le grand public, comme TeslAnt l'a expliqué dans l'article sur les prix allemands du L03.
La production européenne est sur la table
XPeng se dit ouvert au rachat de sites de production européens ou à des partenariats industriels sur le continent. C'est la réponse habituelle aux droits de douane de l'UE sur les véhicules électriques fabriqués en Chine, et plusieurs constructeurs chinois sont arrivés à la même conclusion. Rien n'est confirmé — ni site, ni partenaire, ni date — il faut donc y voir une intention affichée plutôt qu'un plan. Hors d'Europe, l'entreprise ajoute des sites en Indonésie et en Malaisie.
Pourquoi l'objectif est crédible et où il se tend
La partie crédible, c'est l'arithmétique du réseau. Passer de 70 à 110 points de vente allemands en un an est une étape vérifiable et financée, et 290 points de vente dans 28 pays européens constituent une véritable couverture, pas une carte de communiqué de presse.
Le point de tension, c'est la toile de fond chinoise. XPeng décrit son marché domestique comme très difficile aujourd'hui et probablement pour des années, ce qui explique précisément son besoin de volumes à l'international — et cela signifie que l'offensive à l'export est financée depuis un marché national soumis à une forte pression sur les prix. Un million de voitures hors de Chine d'ici 2030 exige que l'Europe, les droits de douane, l'homologation de sa pile logicielle autonome et la volonté des acheteurs de préférer un logo chinois à une marque établie tournent tous en sa faveur.