Charge France, l'organisation professionnelle qui représente les opérateurs de bornes de recharge du pays, indique que 21 de ses membres ont déposé 427 plaintes pour vol de câbles de recharge au cours des sept premiers mois de 2026, pour un préjudice cumulé proche de 9 millions d'euros. C'est le premier chiffre national dont dispose la France pour une délinquance jusqu'ici décrite de manière anecdotique.

Le mode opératoire ne varie pas. Les câbles sont sectionnés à la base, dénudés, et le cuivre revendu comme ferraille. Le cuivre s'échange autour de 9 000 euros la tonne, ce qui a transformé une nuisance opportuniste en pratique de routine — mais l'économie du vol reste absurde à l'échelle individuelle. Un câble sectionné rapporte au voleur quelques dizaines d'euros. La réparation de la borne coûte des milliers d'euros à l'opérateur.

À quoi ressemble le préjudice sur le terrain

Lieu Incident Préjudice
Bouches-du-Rhône 52 câbles volés 120 000 €
Seine-et-Marne 8 bornes visées 260 000 €
Oise 8 vols non communiqué

Engie Vianeo figure parmi les opérateurs cités comme touchés. Dans le Var, où eborn et Territoire d'Énergie Var déploient près de 250 points de charge à Toulon, Fréjus, Hyères, La Seyne-sur-Mer et dans le golfe de Saint-Tropez, les vols arrivent en même temps que le déploiement.

Les interpellations ne sont pas le goulot d'étranglement

Le vol de câbles est passible en France de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende. Les interpellations se multiplient depuis le début de 2026. Les condamnations n'ont pas suivi le même rythme : l'affaire généralement citée comme faisant référence remonte à juin 2026, devant le tribunal d'Évry-Courcouronnes, où deux prévenus ont écopé respectivement de douze mois de prison ferme sous bracelet électronique et de douze mois avec sursis. La plupart des interpellations attendent encore leur jugement.

Qui paie réellement

Pas l'assureur, pour l'essentiel. Les opérateurs supportent eux-mêmes la majeure partie du coût, car les franchises sont élevées et le vandalisme est fréquemment exclu des contrats qui lient les opérateurs aux propriétaires des sites hébergeant les équipements. Le second coût est plus lourd et moins visible : une borne hors service ne rapporte rien, et le chiffre d'affaires perdu pendant qu'elle attend une pièce n'est récupéré auprès de personne. Ce qui reste finit par se répercuter sur le prix du kWh.

Pourquoi cela concerne un conducteur de Tesla en Europe

Aucun des articles parus ne cite Tesla, et aucune perte n'a été signalée sur les Superchargers dans ce bilan. Les Superchargers sont des unités à câble attaché, généralement installées sur des sites commerciaux sous surveillance, ce qui en fait une cible plus difficile qu'une borne CCS en bord de route.

Ce n'est pas très rassurant sur un long trajet. Le réseau propre à Tesla ne couvre pas tous les itinéraires français, et les conducteurs de Tesla utilisent les sites Ionity, Fastned, TotalEnergies et Engie Vianeo comme tout le monde — tandis que les Superchargers sont désormais ouverts aux autres marques, si bien que le trafic circule dans les deux sens. Un site vandalisé n'est pas un site dégradé ; c'est un trou sur la carte jusqu'au remplacement du câble, et l'opérateur n'a aucune obligation de prévenir un conducteur à l'avance.

Il s'agit de la même délinquance dont nous avions signalé la propagation aux Pays-Bas en août, où la police néerlandaise ne la recense pas comme une catégorie à part entière et où aucun chiffre national n'existe. La France dispose désormais du chiffre qui manque aux Pays-Bas, et il est plus élevé que ne le laissaient penser les témoignages néerlandais. En Belgique, des voleurs ont mis huit chargeurs rapides hors service à Ypres en une seule nuit.

Le conseil pratique reste le même : vérifier l'état en temps réel d'une station avant de s'y engager, et prévoir une solution de repli à portée d'autonomie.