Bison Transport, l'une des plus grandes entreprises de transport routier du Canada, a commencé à faire rouler un Tesla Semi avec ses propres chauffeurs dans la région de Chicago. Le transporteur basé à Winnipeg a confirmé l'essai la semaine dernière.

Il n'a pas précisé combien de camions sont concernés. Il n'a publié aucune donnée sur les itinéraires ou les cycles d'utilisation, et il ne s'est engagé sur aucune commande. Ce qu'il a dit, en revanche, c'est que les premiers retours des chauffeurs sont positifs, et que l'objectif de l'exercice est de déterminer quelle place un camion électrique de classe 8 peut occuper dans ses opérations.

Chicago devient le terrain d'essai

Bison n'y est pas le premier transporteur. En juillet, Paper Transport, basé dans le Wisconsin, a commencé à évaluer le Semi Long Range sur des opérations dédiées à Chicago. Deux flottes testant le même camion dans la même agglomération en moins de deux mois relève du schéma plutôt que de la coïncidence : c'est à Chicago que Tesla a concentré la recharge et le soutien dont une flotte pilote a besoin pour rester en mouvement.

C'est là que réside l'essentiel. Un projet pilote du Semi n'est pas vraiment un test du camion — ses spécifications sont publiques depuis des années. C'est un test destiné à savoir si l'infrastructure qui l'entoure résiste à un cycle d'utilisation réel, avec des remorques chargées, l'hiver, et un planning qui ne se plie pas.

Ce que l'Europe devrait en retenir, deux semaines avant Hanovre

Tesla publiera les spécifications du Semi européen et les détails de son lancement commercial lors de l'IAA Transportation à Hanovre, qui se tient du 15 au 20 septembre. Le camion européen n'est pas l'américain : une limite de poids total différente, et une recharge MCS plutôt que le connecteur propre à Tesla.

Les transporteurs européens qui l'évalueront se poseront exactement la question que se pose Bison, et ils se la poseront dans une version plus difficile. La commande de 500 camions d'Einride, la plus importante jamais passée pour le Semi, ne comportait aucune unité européenne. Le réseau de recharge sur lequel s'appuie un projet pilote à Chicago n'existe pas ici sous une forme que le Semi européen pourrait utiliser, et le déploiement du MCS sur les corridors qu'une flotte longue distance emprunte réellement est loin d'être achevé.

La lecture utile de l'essai chicagoan d'un transporteur canadien est donc celle d'une répétition générale. Tesla accumule des preuves auprès des exploitants sur un marché où il contrôle la recharge, peu avant de demander aux flottes européennes de s'engager sur un marché où il ne la contrôle pas.

Ce qui compterait comme un résultat

Pas les citations des chauffeurs. C'est la partie la plus facile à produire dans n'importe quel projet pilote, et elles sont positives chez tous les transporteurs.

Les chiffres que Bison n'a pas communiqués sont ceux qui tranchent réellement : l'énergie consommée au kilomètre face à une référence diesel sur le même trajet, la part de la journée de travail que le camion passe branché plutôt qu'à générer du revenu, ce qu'il advient de l'autonomie avec une remorque pleine dans un hiver des Grands Lacs, et si le projet pilote se transforme en bon de commande. L'essai de Paper Transport n'a pas non plus produit ces données publiquement, deux mois après son lancement.

Tant qu'un transporteur ne les publie pas, l'annonce d'un projet pilote établit que Tesla est capable de placer des camions auprès des flottes. Elle n'établit pas encore que les flottes peuvent les exploiter de manière rentable — et cette seconde question, les transporteurs européens devront y répondre par eux-mêmes, sur une infrastructure de recharge moins développée, en partant de zéro.