L'un des plus grands distributeurs d'Europe ne laisse plus ses salariés allemands commander une voiture de fonction électrique. Le groupe Schwarz — maison mère de Lidl et Kaufland — a temporairement retiré les véhicules 100 % électriques de sa liste allemande de véhicules de fonction, ce qui signifie que les salariés passant une nouvelle commande ne peuvent plus choisir un modèle à batterie.

L'entreprise invoque un environnement de marché volatil et des cadres réglementaires mouvants. En dessous, le chiffre décisif est la valeur résiduelle.

Le problème de la valeur résiduelle

Trois ans après leur première immatriculation, les voitures électriques en Allemagne conservent actuellement entre 47 et 51 % de leur prix catalogue d'origine pour un kilométrage annuel de 20 000 km, selon la catégorie du véhicule. La revente est la plus difficile dans le haut de gamme intermédiaire et le premium, où les acheteurs d'occasion prêts à payer les prix que ces voitures doivent atteindre sont relativement rares.

C'est précisément le segment qu'occupent les flottes de fonction allemandes, et cela explique où tombe la décision. Les voitures de fonction sont louées et non conservées : la charge mensuelle payée par un gestionnaire de flotte est donc presque entièrement déterminée par l'écart entre le prix d'achat et la valeur de revente prévue. Quand cette prévision baisse, le loyer augmente, même si le prix affiché n'a pas bougé.

Pourquoi cela va contre la tendance européenne

Le calendrier est malvenu, car ailleurs le mouvement est inverse. L'Allemagne vient d'enregistrer ses plus fortes immatriculations mensuelles d'électriques depuis 2023, et sur tout le continent les voitures à batterie ont pris en juin une part record de 25,6 % des ventes de véhicules neufs. Tesla en particulier a dominé les demandes d'aide allemande à l'achat et a appliqué une remise de 2 000 euros sur le Model Y de base.

La position du groupe Schwarz n'est pas non plus homogène selon ses marchés : Lidl s'était engagé en 2025 à électrifier l'intégralité de sa flotte d'entreprise en Belgique et au Luxembourg d'ici 2030. Le revirement allemand est donc un jugement propre à un marché sur les valeurs d'occasion, non un retrait du groupe de l'électrification.

Ce que les acheteurs de flotte doivent en retenir

Les immatriculations d'entreprise et de flotte représentent environ deux tiers des ventes de voitures neuves en Allemagne : la politique de flotte n'est donc pas un détail, mais le premier levier sur le mix électrique du pays. Une décision de ce type n'apparaît pas immédiatement dans les statistiques mensuelles, puisqu'elle ne concerne que les nouvelles commandes, mais elle se diffuse sur les trimestres suivants.

Un mécanisme autocorrecteur est également à l'œuvre. Des valeurs résiduelles faibles signifient des électriques d'occasion bon marché, et c'est exactement ce dont un marché de seconde main étroit a besoin pour constituer la base d'acheteurs qui relèverait ensuite ces valeurs. Le point inconfortable est que quelqu'un doit absorber la dépréciation entre-temps, et les flottes ne se portent pas volontaires pour l'instant.

Pour qui suit l'électrique en Europe, le signal pratique est que la contrainte sur l'adoption en entreprise s'est déplacée. Ce ne sont plus le prix d'achat, l'accès à la recharge ou la disponibilité des modèles, qui se sont tous nettement améliorés. C'est la valeur de revente à trois ans, et c'est un problème dont les constructeurs se sortent bien plus difficilement à coups de remises.