Une industrie de petits fabricants sur les plateformes de commerce électronique chinoises vend de minuscules têtes de poupée en plastique conçues pour faire une seule chose : tromper la caméra d'habitacle de Tesla afin qu'elle croie qu'un conducteur surveille la route. Ces dispositifs coûtent à peine 20 à 50 $, sont présentés comme des compagnons de voyage ou des décorations de tableau de bord, et représentent la dernière escalade d'une longue course aux armements entre les dispositifs de surveillance du conducteur de Tesla et les propriétaires déterminés à les déjouer.

Comment un jouet bon marché déjoue la caméra

Les Tesla modernes surveillent le conducteur grâce à une caméra intérieure qui suit la position de la tête et le mouvement des yeux, remplaçant l'ancienne méthode de détection des mains par le couple exercé sur le volant. Les fausses têtes, certaines en forme de figurines de célébrités, d'autres de petits écrans affichant des yeux qui clignent, sont fixées près du rétroviseur, où elles satisfont apparemment au contrôle de la caméra cherchant un visage attentif. Electrek rapporte le cas d'un propriétaire de Model 3 en Chine qui a fixé dans l'habitacle une tête ressemblant à un acteur célèbre, puis a conduit pendant 30 minutes sans la moindre alerte, mangeant des graines de tournesol d'une main et filmant la scène de l'autre.

Voilà le danger résumé en une phrase. Le Full Self-Driving (Supervised) et l'Autopilot de Tesla sont des systèmes de niveau Level 2 : performants, mais juridiquement et techniquement dépendants d'un humain prêt à reprendre le contrôle à tout moment. Déjouer la surveillance supprime le seul garde-fou qui rend détectable un usage abusif sans les mains sur le volant.

Une course aux armements qui s'intensifie

Les têtes de poupée ne sont que le dernier coup en date. Lorsque Tesla se fiait au couple du volant, les propriétaires suspendaient des poids au volant pour simuler une main. Le passage à une surveillance par caméra a comblé cette faille ; les têtes en plastique en sont la riposte. Les avis des clients, note Electrek, sont explicites quant aux raisons de leur achat, à savoir la liberté d'utiliser un téléphone ou même de faire une sieste pendant que la voiture roule.

Les régulateurs surveillent déjà la situation. Aux États-Unis, la NHTSA a recensé 80 infractions au code de la route liées au FSD et a fait passer son enquête au rang d'analyse technique portant sur 3,2 millions de véhicules, après des incidents incluant une Tesla en FSD ayant franchi une barrière de passage à niveau quelques secondes avant le passage d'un train. Tesla ne s'est pas exprimée publiquement sur ces dispositifs de contournement en forme de tête.

Pourquoi cela compte alors que le FSD arrive en Europe

Pour les lecteurs européens, il s'agit de bien plus que d'une curiosité venue d'un autre marché. Le FSD (Supervised) de Tesla est désormais approuvé dans cinq pays européens, le plus récemment lorsque la Belgique est devenue la cinquième nation à le valider. Ces approbations reposent entièrement sur le principe qu'un humain reste aux commandes, et le régulateur belge conserve même le pouvoir de suspendre le système. Les outils qui trompent la surveillance du conducteur frappent directement ce principe. À mesure que la conduite supervisée se répand sur le continent, l'intégrité de la caméra d'habitacle n'est pas une préoccupation marginale mais le fondement sur lequel comptent les autorités européennes, et tout signe qu'elle peut être déjouée à moindre coût pourrait déterminer la rapidité avec laquelle viendront les prochaines approbations.